Méphisto a froid

8 janvier 2026 par
Fosse Patricia

Ce fut le samedi 22 novembre 2025 à 6 heures, 6 minutes, 6 secondes du matin exactement que Méphisto remonta des profondeurs de l’Enfer et conséquence du hasard ou influence divine c’était précisément le jour du premier pic de froid dans les Hauts de France. Pour la première fois de sa vie infernale extrêmement remplie, il prenait des vacances. Difficile de dire si c’était un burn out ou un méga un ras-le-bol mais le feu diabolique du mal s’était éteint en son sein, jusqu’à devenir un tas de cendres grises. Le vent de l’hiver les dispersait dans l’atmosphère, ajoutant malgré tout une couche infime de poussière à la pollution ambiante ; cependant cette poussière naturelle pouvait servir de fertilisant minéral aux végétaux.

— Mais c’est pas possible de se geler autant, et dire que je leur envoyais pendant l’hiver les microbes du Covid et de la grippe en abondance, comment peut-on être aussi profondément maléfique et inconsciemment sadique, murmura-t-il pour lui-même, en éternuant 7 fois sans cesser de grelotter.

— Un bon vin chaud, M’sieur ?

— C’est pas de refus, quelle bonne idée et quelle bonne action vous anime !

— C’est mon métier M’sieur.

Le premier café le réchauffa à peine, il lui en fallu sept pour ressentir une once de chaleur dans le tréfonds de son être habitué aux températures élevées.

— Ça me fait tout drôle inside, j’ai surtout connu des criminels, des voleurs, des individus malfaisants en deux mots des âmes damnées.

Le vendeur de café chaud le dévisagea.

— Bourreau ou juge d’affaires criminelles ?

Méphisto haussa les épaules il ne voyait pas l’intérêt de raconter sa vie à un vendeur ambulant de café, à un psychanalyste peut-être et encore c’était du temps perdu à ne pas faire le Bien. Il pensa : je dois apprendre à faire le Bien. Mais est-ce vraiment utile ? Peut-être est-ce déjà suffisant de ne plus faire le mal ?

Il demanda malgré tout son avis au marchand de café.

— Est-ce que vous croyez que si le mal cesse sur Terre, le Bien va se faire sans rien faire, enfin automatiquement ?

— Philosophe ou psychanalyste ? Écrivain peut-être ?

Méphisto haussa les épaules.

— Vous ne chauffez pas du tout, rien de tout ça. Il sourit intérieurement de son trait d’humour.

Le vendeur n’insista pas, d’autres clients attendaient.

Comme un extra terrestre qui viendrait du centre en fusion de la Terre Méphisto passa sa journée à découvrir la vie humaine diurne quotidienne normale qui n’avait rien à voir avec les journées infernales qu’il connaissait. Le jour commençait à décliner, il avait toujours très froid malgré une couverture sur les épaules et il lui fallait trouver où dormir, il était SDF et certains penseront qu’il l’avait bien mérité. L’effet du stress thermique se faisait encore sentir et il n’avait pas la force de veiller toute la nuit et de rejoindre quelque lieu de perdition où il aurait pu exercer le Bien.

Dans un café il s’installa devant un écran de télévision : étrangement aucun fait divers négatif qui égrène d’habitude les actualités ne fut annoncé, rien que de bonnes nouvelles.

Méphisto fronça les sourcils et ressentit une sensation inconnue de son être profond jusqu’ici. Un ange qui passait par là le salua, il avait reconnu et ressenti en écho la vibration d’amour qui émanait de lui.

— Excellente journée, n’est-ce pas ? Vous avez vu le niveau de bonté a explosé aujourd’hui !

— C’était prévisible étant donné que le Diable est en vacances répondit-il d’une voix atone.

— Vous êtes bien informé. Il va y rester longtemps ?

— Il est encore trop tôt pour le savoir, au moins 7 jours, 7 minutes et 7 secondes, l’avenir le dira...

Fosse Patricia 8 janvier 2026
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