Madame Dumas posa son sac en cuir sur le bureau avec la solennité d’un juge entrant en audience. Elle ajusta ses lunettes, balaya la classe du regard et déclara :
— Aujourd’hui, nous allons débattre d’un sujet fondamental : La littérature peut-elle aider à mieux comprendre le monde et soi-même ?
Un léger bruissement parcourut la salle. Des regards complices s’échangèrent. Au fond, Hugo murmura à Mehdi :
— Ok, là, c’est full introspection mode.
Madame Dumas tiqua déjà. Elle inspira profondément.
— Hugo. Vous commencerez.
Hugo se redressa, afficha un sourire faussement appliqué.
— Alors, personnellement, je dirais que la littérature, c’est un peu un… mindset booster. Genre, ça t’aide à process tes émotions, à level up ton self-awareness…
Le visage de Madame Dumas se crispa.
— Vos émotions. On analyse, on ne « process » pas. Continuez.
— Oui, enfin voilà… Quand on lit, on peut se projeter dans des personnages, ce qui permet de… comment dire… de mieux gérer sa life intérieure.
Un ricanement étouffé partit du premier rang. Clara leva la main sans attendre.
— Moi je suis assez d’accord. Franchement, lire L’Étranger, ça te met face à un mec totalement disconnected du monde. Du coup, tu te dis : « Ok, moi je suis pas à ce point-là », et ça te rassure un peu sur ton own fonctionnement.
Madame Dumas ferma brièvement les yeux, comme si elle récitait intérieurement un poème de Racine pour se calmer.
— Clara. « Déconnecté ». Pas disconnected. Continue.
— Oui, pardon. Déconnecté. Enfin… émotionnellement offline, quoi.
Cette fois, la prof posa sa main à plat sur le bureau.
— La langue française n’est pas une option facultative, jeunes gens. Elle est votre outil de pensée.
Mehdi leva la main, faussement sérieux.
— Justement, madame. On pourrait dire que le franglais, c’est un peu une évolution naturelle du langage. Genre une update linguistique qui reflète le monde actuel.
— Mise à jour, Mehdi. Mise à jour.
— Oui, voilà. Une update. Enfin… une mise à jour.
Des sourires s’étirèrent dans la classe. Madame Dumas soupira.
— Revenons au sujet.
Élise prit la parole avec douceur.
— Moi, je trouve que la littérature aide surtout à comprendre les autres. Quand on lit, on entre dans des réalités différentes. Ça élargit notre vision du monde. Même si parfois, c’est… challenging.
— Exigeant, corrigea Madame Dumas, mais d’une voix presque bienveillante.
— Oui. Exigeant. Mais utile.
Un silence suivit. La prof observa ses élèves. Leur franglais l’exaspérait, certes. Mais derrière ces mots bricolés, elle percevait quelque chose de sincère.
— Vous voyez, dit-elle plus calmement, malgré vos… tics linguistiques, vous dites quelque chose de juste. La littérature permet de se confronter à l’altérité, à soi-même, au monde. À condition de ne pas perdre les mots pour le dire.
Hugo murmura à Mehdi :
— Elle est en train de softener, là.
— Hugo.
— Pardon, Madame.
Madame Dumas esquissa, malgré elle, un sourire minuscule.
— Continuez à penser. Mais pensez en français.
La sonnerie retentit. Les élèves rangèrent leurs affaires.
— Madame, lança Clara en sortant, franchement, ce cours… il était pas mal du tout.
— Très bien, corrigea Madame Dumas.
En cette fin d’heure de cours, elle sourit soulagée. A la pause café elle irait discuter avec ses collègues d’anglais et d’informatique.
Patti F. avec l’assistance d’I.van A.mandine.