Interview


Interview de Patricia Fosse par Marion Picard en mai 2009 pour le site Macrolivres† (site de sélection de livres et d'ouvrages au service d'une vie saine et heureuse).

  1. Quels bénéfices personnels peut-on retirer de l'interprétation des rêves ?

  2. Vous accordez de l'importance à l'intuition dans l'analyse des rêves. Mais alors, faut-il en oublier les fondements théoriques ? Quelles sont vos références en la matière ?

  3. Selon vous le rêve prémonitoire vient-il d'un travail de notre cerveau, qui analyse et prévoit des évènements sans que le sachions consciemment, ou s'agit-il d'un phénomène paranormal ? Comment procédez-vous à l'interprétation des rêves prémonitoires ?

  4. Comment avez-vous découvert l'interprétation des rêves et comment vous y êtes-vous formée ?

 

1-Quels bénéfices personnels peut-on retirer de l'interprétation des rêves ?

Les bénéfices personnels sont nombreux, en voici trois :

En résumé les rêves sont pleins de ressources intuitives pour la vie et contribuent au mieux-être.

2-Vous accordez de l'importance à l'intuition dans l'analyse des rêves. Mais alors, faut-il en oublier les fondements théoriques ? Quelles sont vos références en la matière  ?

Quand bien même on le voudrait, il n'est pas possible d'oublier les fondements théoriques qui ont été appris. Ils sont peut-être moins visibles extérieurement, cela ne les empêche pas d'être présents en arrière plan. Quand on habite une maison il est rare de penser spécifiquement aux pierres ou aux briques qui la constituent, sauf si quelqu'un vous pose une question à ce sujet !

Ma référence de base, ma première pierre est la méthode des associations élaborée par Jung. J'en ai ajouté d'autres par la suite.

Certains interprètes sont plus à l'aise avec une référence théorique unique et, dans ce cas, ils contribuent à reproduire et à conserver des connaissances existantes, une mémoire fidèle dont nous avons besoin pour être relié à l'histoire de nos prédécesseurs et avoir des racines. D'autres explorent d'autres pistes, différentes, parfois mêmes opposées, actualisent, modernisent le savoir à partir de ces fondements, ce qui est indispensable pour faire évoluer les choses.
J'ai une approche que je souhaite en priorité pratique et accessible : amener la personne à découvrir un message éclairant pour le rêve qu'elle amène. C'est ce message qu'elle va utiliser concrètement dans sa vie. Cela correspond à la partie émergée de l'iceberg.Le processus d'interprétation et d'accompagnement du rêveur est équivalent à la partie immergée de l'iceberg. Il repose également sur des bases éthiques et de conviction personnelle.
Amener la personne à découvrir le message de son rêve et à se connaître n'est pas du tout la même chose que de déclarer : « Voilà ce que votre rêve signifie ».

Le principe même du rêve est l'intégration, il réunit, il condense des personnes, des animaux et toutes sortes d'êtres vivants, des objets de différentes époques, des lieux variés. Quant au symbole, élément de base du rêve, sa fonction est de conjuguer les opposés.
Pourquoi l'intuition s'opposerait-elle aux fondements théoriques  ?
Il existe plusieurs sortes d'intuition. L'intuition est la saisie immédiate de la vérité sans l'aide du raisonnement. Par exemple vous devinez la fin d'un film ou le job de quelqu'un que vous ne connaissez pas. C'est aussi le recours automatique à des connaissances et expériences accumulées : par exemple chez l'expert qui sait poser un diagnostique de façon immédiate dans son domaine. C'est encore la faculté de prévoir, de deviner.

Quel rôle l'intuition joue-t-elle dans le processus d'interprétation que je mène ?
C'est elle qui m'amène à poser certaines questions ou à traiter de sujets qui font « tilt » chez le rêveur. C'est elle qui amène le rêveur à laisser jaillir une réponse « euréka ! » qui est une prise de conscience significative.

Je reconnais l'existence et la valeur des rêves prémonitoires qui sont des manifestations de l'intuition, au même titre que les autres types de rêves.
Sur l'interprétation des rêves prémonitoires pas de processus, il faut d'abord pouvoir l'identifier comme tel, ce qui n'est pas toujours évident et ensuite traiter cette information de façon adaptée. Je pense que l'intuition et le raisonnement peuvent cohabiter de façon harmonieuse. Pour prendre une décision importante par exemple, il est bon de s'appuyer sur les deux et notamment d'interroger ses rêves.
Cette pratique de consultation de ses rêves pour le choix d'un conjoint par exemple est, d'après ce qu'on m'a dit, encore répandue dans la culture musulmane de nos jours.

3-Selon vous, le rêve prémonitoire vient-il d'un travail de notre cerveau, qui analyse et prévoit des évènements sans que nous le sachions consciemment, ou s'agit-il d'un phénomène paranormal ? Comment procédez-vous à l'interprétation des rêves prémonitoires ?

Un phénomène est qualifié de paranormal lorsqu'il ne peut être expliqué par les lois naturelles connues. Le rêve prémonitoire reste encore associé à quelque chose d'extraordinaire qui n'est pas dans la norme.  Imaginons que nous vivions dans un monde ou tout le monde a des rêves prémonitoires et de rares individus des rêves ordinaires, ce serait l'inverse !

L'interprétation des rêves prémonitoires donne lieu le plus souvent à deux attitudes opposées à son égard :
La croyance admirative inconditionnelle ou le déni catégorique parce que les scientifiques ne savent pas encore bien l'expliquer et que le phénomène est apparemment marginal.
Celui-ce ne semble ne concerner qu'une minorité de personnes. Qui sait si, en observant systématiquement un maximum de rêves, chacun n'y trouverait pas un ou plusieurs rêves prémonitoires ?
Une étude rigoureuse effectuée par le Dr David Ryback spécialiste américain de psychologie auprès de 433 étudiants a mis en évidence que 8,8 %  de cette population avait fait l'expérience de rêves prémonitoires. Qui sait si cette faculté onirique de savoir à l'avance ne sera pas amenée à se développer dans l'avenir de l'humanité ?

Les prises de position à l'égard de l'interprétation des rêves prémonitoires sont un peu trop passionnées et les résultats d'études approfondies encore insuffisants ou trop peu connus du grand public ou pour y voir vraiment clair. Les croyances du passé ont la vie dure ! Et quand elles délimitent étroitement le monde des possibles, elles exercent une censure.
Le rêve prémonitoire a évidemment une relation avec notre cerveau et notre système nerveux qui captent des informations à longueur de temps.
Voici plusieurs hypothèses explicatives empruntées à la recherche en physique, en psychologie, en biologie :

Je pense que nous ne comprenons pas encore très bien les phénomènes paranormaux, dont les rêves prémonitoires font partie.  Un jour, nous saurons bien mieux les expliquer en intégrant les données de différents domaines de recherche, psychologie, biologie, parapsychologie, physique quantique... Dans la réalité il n'y a pas d'opposition, c'est nous qui avons créé des barrières, des cloisonnements pour nous repérer et ne pas nous perdre dans l'immensité. Il arrive un moment où  il faut les remettre en questions pour progresser.

4-Comment avez-vous découvert l'interprétation des rêves et comment vous y êtes-vous formée ?

J'ai découvert l'interprétation des rêves en 1990 après avoir quitté mon premier emploi d'ingénieur agro-alimentaire dans des conditions qui m'ont amenée à remettre profondément en question mon choix professionnel. Les bilans de compétence étaient moins répandus qu'aujourd'hui, je n'en connaissais alors pas l'existence, aussi j'ai pris l'annuaire et demandé un rendez-vous avec un psychothérapeute de la ville où j'habitais. Il se trouve qu'il travaillait sur les rêves avec une approche jungienne. J'ai commencé à tenir mon journal de rêves (depuis j'ai toujours continué) pour les consultations hebdomadaires d'interprétation.
J'ai trouvé cette investigation passionnante et l'ai poursuivie depuis lors.
Ma formation est au départ empirique, c'est à dire fondée sur l'expérience de travail sur mes propres rêves, sur l'observation et sur le questionnement à la fois de mes rêves, et à partir de 1998, sur ceux de mes clients.
J'ai aussi lu, étudié, expérimenté la façon ludique qu'ont les américains de pratiquer toutes sortes d'exercices simples et créatifs sur les rêves.  Je suis en quelque sorte autodidacte dans ce domaine.
Il faut dire que l'existence de formations collectives à l'interprétation des rêves et à leur utilisation est récente en France. Je pense que l'apparition du partage des rêves en groupe développée aux Etats-Unis dans les années 70, notamment par Montague Ullmann, enseigné à l'université par Patricia Garfield, et encore diffusé par Internet par Richard Wilkerson (années 90) y est pour quelque chose. Ces pionniers ont servi de modèles aux créateurs de formations axées sur les rêves, ils ont également modernisé, vulgarisé la perception que le grand public avaient du savoir sur les rêves et de leur utilisation.

Par ailleurs je suis formatrice diplômée et j'ai suivi de nombreux stages et formations dans d'autres domaines du développement personnel. Tout ceci a construit et continue de construire la façon dont j'aborde le contenu des rêves, les séances d'interprétation en individuel ou en groupe, et Formarêves, la formation modulaire à l'interprétation des rêves que j'ai créée. Probablement à cause de ma formation initiale d'ingénieur dont j'ai gardé le schéma, j'ai une approche méthodologique horizontale, c'est-à-dire que j'utilise des techniques et outils issus de différentes méthodes de développement personnel à partir du support du rêve pendant les séances d'interprétation (techniques oniriques bien sûr et aussi analyse transactionnelle, relaxation et visualisation, coaching, contes,...;).